
Alors que l’actualité de la Solheim Cup battait son plein, une nouvelle est un peu passée aux oubliettes. La capitaine de l’équipe européenne, la Suédoise Anna Nordqvist, a annoncé avant cette compétition qu’elle mettait fin à sa carrière à l’issue de la Solheim Cup. Elle a ainsi pu se consacrer pleinement à la préparation de cette confrontation avec les USA, l’esprit libéré. En tant que capitaine, elle a lancé la jeune Française Nastasia Nadaud, brillante dès ses débuts. Cette championne est plus que titrée et a marqué le golf mondial de son empreinte. Alors, d’où vient Anna Nordqvist ? Qu’a-t-elle accompli dans le golf ? Voilà ce qui m’intéresse aujourd’hui.
D’où viens-tu, Anna ?

Elle est née le 10 juin 1987 à Eskilstuna, un peu à l’ouest de Stockholm. Sa famille jouait au golf ; elle a donc essayé à l’âge de 10 ans. Elle ne poursuivra pas cette expérience, déclarant l’avoir détestée. Cela ne l’empêche pas de pratiquer jusqu’à sept sports différents durant sa jeunesse. Ses parents (policier et pharmacien) l’accompagnent beaucoup dans toutes ses activités sportives. Elle revient finalement au golf à 13 ans. Elle explique que le golf lui plaisait parce qu’il se jouait selon ses propres règles : elle pouvait s’entraîner quand elle voulait et décidait jusqu’où elle irait.
Sa conquête de la Suède
Revenue au golf à 13 ans, elle s’entraîne avec ses frères au petit club de Torshalla GK. Elle s’entraîne toute l’année, par tous les temps, même sous la neige. Le club a beaucoup soutenu ses jeunes pour qu’ils participent à des compétitions un peu partout dans le pays. Anna Nordqvist progresse très vite. Elle devient la meilleure juniore de Suède en 2004 et en 2005. Puis, elle devient la meilleure amatrice suédoise en 2005. La même année, elle termine troisième des championnats d’Europe.
Elle sera, en quelque sorte, récompensée par la possibilité de s’entraîner avec la GOAT suédoise Annika Sorenstam. C’est pour elle l’un des plus beaux souvenirs sportifs.
Les performances amateures vont s’enchaîner, puisqu’elle a été finaliste à deux reprises au British Ladies Amateur (2006 et 2007) avant de s’imposer en 2008.
Comme elle jouait déjà des tournois internationaux en amateur, elle a été recrutée assez vite par une université américaine, en l’occurrence Arizona State (été 2006).
Les USA, pour lancer sa carrière professionnelle

À peine âgée de 18 ans, Anna plonge dans le grand bain du golf universitaire américain. Elle y reste deux ans et demi, jusqu’en 2008. Pourquoi Arizona State ? Anna l’explique par le programme de golf, les belles installations, la météo et un bon coach. Le programme est clair. Elle y rencontre Azahara Munoz, future joueuse de la Solheim Cup.
Sa première saison (2006-07) est fracassante. Premier tournoi : elle finit deuxième, ex aequo. Sur 8 tournois, elle remporte une victoire et quatre deuxièmes places. Lors de sa victoire, elle bat le record du tournoi (-10). Elle est désignée joueuse de l’année et meilleure débutante. Elle finit 17e au championnat de la NCAA, meilleure de son équipe.
Lors de sa deuxième saison (2007-08), elle remporte le British Ladies Amateur. Au championnat universitaire (NCAA), elle termine 5e ex aequo. Elle remporte une nouvelle victoire et termine première du classement universitaire.
Dans la foulée, en décembre 2008, elle termine 25e aux qualifications de la LPGA et passe au statut de professionnelle.
Sa riche carrière professionnelle

Passée professionnelle sur le LPGA, ce circuit deviendra, à terme, son circuit principal. En tant qu’européenne, elle a bien fait de s’établir sur ce circuit, bien plus rémunérateur que le circuit européen.
Elle n’a pas tardé : 6 mois après être passée professionnelle, elle remporte son premier majeur, le « LPGA Championship », avec 4 coups d’avance. Elle finit première du Tour Championship (2009) en fin de saison. Elle est élue « rookie de l’année » sur le circuit européen. Elle participe à sa première Solheim Cup en tant que choix de son capitaine. Cette compétition, elle l’avait découverte à 16 ans lors de la venue de l’épreuve en Suède en 2003 (Barseback).
La suite est comme un trou d’air : difficile de digérer, si jeune, une victoire aussi importante. Elle ne remporte aucune victoire sur le circuit de la LPGA entre 2010 et 2013. La Solheim Cup lui permet encore de respirer. Elle y fait un trou en un pour gagner son foursome.
Ensuite, le trou d’air passé, de 2014 à 2017 elle remportera 5 victoires. Elle devient l’une des meilleures frappeuses du circuit. Son rêve d’or olympique ne se concrétisera pas, puisqu’elle termine 11e. Elle perd l’US Open 2016, sur une pénalité pour avoir touché le sable dans un bunker…
De 2017 à 2021, l’adversité est toujours là, mais entrecoupée de quelques magnifiques victoires. Celle qui m’a le plus impressionné, en bon guerrier du dimanche, est celle de l’Evian Championship en 2017. Atteinte d’une mononucléose en juillet, alitée pendant 15 jours, elle gagne en play-off sous la pluie et la gelée. C’est son deuxième majeur, huit ans après le premier.

La consécration, pour une joueuse européenne, arrive enfin en 2021 à Carnoustie. Elle gagne son troisième majeur à 34 ans, sur trois décennies différentes (2000, 2010 et 2020). Elle sera élue, chacune de ces années, golfeuse suédoise de l’année.
Comme toutes les grandes championnes, elle a aussi connu ses années noires, notamment entre 2023 et 2025. En 2023, en plein divorce, son mari, Kevin McAlpine (ex-caddie de Lexi Thomson), meurt brutalement. Elle mettra sa carrière en pause pour se rétablir. En 2024, elle rate 6 cuts sur 17 tournois et se dit mentalement épuisée. Malgré ces épreuves, elle reste fidèle à l’équipe européenne et, en 2023 et 2024, elle est la première vice-capitaine de l’histoire de la Solheim Cup.
La sortie 2026
Elle a décidé, seule, de prendre sa retraite en 2026, sans le dire à personne. Elle l’annonce le 26 août, avant la Solheim Cup, et joue son dernier tournoi à Boston.
Son jeu et ses mentors
Avec sa taille de 1 mètre 83, elle est une frappeuse de balle exceptionnelle, plus régulière et précise que puissante. Elle figure très souvent dans le top 3 du LPGA en greens en régulation.
Pour illustrer sa régularité dès son plus jeune âge, il faut remonter à 2016. Elle a été la première joueuse à atteindre 18 greens en régulation lors d’un tour de l’US Women’s Open.
Ses fers sont son point fort. Elle voit le bois 3 et l’hybride comme des armes offensives : son premier majeur en 2009 s’est joué sur un hybride à quelques centimètres du 18e trou.
Son swing est souvent cité en exemple par les coachs PGA : une grosse rotation, aucun balancement latéral malgré sa taille et une grande extension après l’impact.
Tout cela est le fruit d’une longue maturation à la suédoise : elle a commencé tard, à 13 ans, et n’a atteint sa pleine maturité qu’à 35 ans. Son petit club l’a aidée à développer son jeu et son esprit de compétition. Ses entraîneuses de l’équipe nationale suédoise, Katarina Vandgal, Maria Bertilskod et Annika Sorenstam, ont également été d’une grande aide. Elles ont fondé ensemble Team Annika, un programme qui aide les jeunes Suédoises à passer de l’amateurisme au circuit professionnel. Nordqvist a été le premier membre.
Enfin, comme dans beaucoup de réussites, sa famille a beaucoup compté, et surtout son grand-père. C’est d’abord lui qui emmenait Anna et ses petits frères sur le parcours de golf pendant que leurs parents travaillaient. Anna le décrit comme son grand modèle, son premier supporter et la personne la plus têtue qu’elle ait jamais connue. Elle pense avoir hérité de ce trait de caractère. Même, une fois partie aux États-Unis, il lui envoyait sans cesse des messages pour lui dire de garder la tête haute et de ne jamais abandonner. C’est d’ailleurs la caractéristique principale de sa carrière.
CONCLUSION

Cette grande championne aura donc remporté 9 victoires sur le LPGA, dont 3 majeurs, 16 victoires professionnelles au total, 9 Solheim Cup en tant que joueuse (17-15-3) et une en tant que capitaine victorieuse, ainsi que 2 participations aux JO.
Sa ténacité remarquable (« Never Give Up ») est finalement le fil rouge de sa carrière. Après son premier majeur (2009), elle a compris qu’elle aurait besoin de ce mantra plus que jamais. En 2017, après une mononucléose diagnostiquée neuf semaines plus tôt, elle gagne en play-off sous la grêle. Lors de sa victoire au British Open (2021), elle explique qu’elle déteste perdre plus qu’elle n’aime gagner. Enfin, en novembre 2023, après la mort de Kevin McAlpine, elle revient sur le circuit en s’appuyant sur ces mots, car, en tant que « battante qui n’abandonne jamais », elle ne voulait pas attendre février pour rejouer.
Anna Nordqvist était une joueuse de majeur à l’instar de Brooks Koepka, avec 3 titres majeurs différents. Ce qui la place dans le top 30 de l’histoire du golf féminin. Si on la compare aux hommes, elle serait au niveau de Padraig Harrington ou de Jordan Spieth, juste derrière Ernie Els (4 majeurs).