Ryan Gerard et la bande de Raleigh

Ryan Gerard et la bande de Raleigh

Ryan Gerard – décembre 2025 (Source: GolfDigest – Stuart Franklin)

Alors que le  Tour Championship  vient de se terminer, il convient de souligner la remarquable performance de Ryan Gerard. Il termine 3e en solitaire, avec un putt de par tendu sur le 18 qui vaut 2 millions de dollars. Scottie Scheffler gagne à -16, trois coups devant Hovland, et remporte sa deuxième FedEx Cup. Ryan Gerard avait pourtant partagé la tête pendant 36 trous avec Hovland, après deux 65 consécutifs. Il était encore 2e à -14 au départ du dernier tour.

Le capitaine américain de la prochaine Presidents Cup, Brandt Snedeker, doit annoncer demain les «picks ». Il a déjà ses six qualifiés d’office : Scheffler, Cameron Young, Wyndham Clark, Sam Burns, Russell Henley et Collin Morikawa. L’épreuve se déroule au Medinah Country Club du 24 au 27 septembre. Ryan Gerard sort d’une magnifique performance (3e solo du Tour Championship). Il y a de fortes chances qu’il soit choisi à la suite de cette performance, tout comme un certain Ben Griffin de Chapel Hill.

Ryan Gerard est particulièrement discret, mais combien efficace dans le secteur du petit jeu et rapide quand il s’agit de jouer. Bref, un plaisir de le voir jouer et de le découvrir lors de ce Tour Championship. Alors qui est-il ? D’où vient-il ?

Un enfance golfique

Ryan Gerard avec son papa, Robert (Image Source: Getty)

Il est né le 2 août 1999 à Raleigh, en Caroline du Nord, et il a bien évidemment grandi littéralement dans le golf. Sa famille s’est d’ailleurs installée près du 15e trou du Wildwood Green Golf Club alors qu’il n’avait pas 5 ans. Son père, Robert, très bon golfeur amateur qui a tenté sa chance sur les mini-tours, lui a mis un club en main dès l’âge de deux ans. Assez logiquement, et grâce à son talent, il sera par la suite sélectionné quatre fois dans l’équipe type de l’État de Caroline du Nord.

Ce qui a sans doute formé son très bon petit jeu sont les concours de chip qu’il organisait, avec ses copains, à partir des pires lies possibles – un groupe qui comprenait Doc Redman, Carter Jenkins et le regretté Grayson Murray.

Sa formation

Il jouera cinq saisons à l’université de North Carolina (2017-22).

Il ne va pas particulièrement briller par ses victoires, mais par sa régularité au fil de ses saisons universitaires. En effet, il ne remportera qu’une seule victoire universitaire, à savoir celle du Rod Myers Invitational 2021.

Cependant, et c’est un détail qui a son importance, il a été d’une régularité redoutable. À la fin de sa formation universitaire, il détenait la meilleure moyenne de carrière (71,65) de l’histoire du programme de North Carolina. Un record qu’il a pris à un certain Ben Griffin.

Son accession au PGA Tour

Il est long et sinueux, par exemple beaucoup moins direct que celui d’un certain Chris Gotterup.

Il va commencer par le PGA Tour Canada, où il gagnera dès sa quatrième sortie, l’Open du Québec (2022). Il passera ensuite par le Korn Ferry en 2023, mais sans victoire. Puis, en 2024, le déclic : il remporte le BMW Charity Pro-Am (sur le Korn Ferry Tour) avec 9 coups d’avance. La carte du PGA Tour pour 2025 est acquise.

Ensuite, on plonge dans les paris du joueur lui-même ; sa première victoire sur le Tour tient à un pari.

Deuxième réserviste pour l’Open Championship en juillet 2025, il décide de filer à Tahoe pour disputer le Barracuda Championship, qui se tient en parallèle de ce majeur sur le sol européen. Pari réussi, il le gagne. Ensuite, n’étant pas qualifié pour le Masters 2026, il traverse les océans jusqu’à l’île Maurice, en fin d’année, pour disputer l’AfrAsia Bank Mauritius Open. Il perd en play-off, mais, comme il rentre dans le top 50 (46e) mondial à la clôture de l’année civile, il reçoit une invitation au Masters d’Augusta 2026.

Son style de jeu en quelques mots

Malgré son gabarit de 1,88 m pour 79 kg, ce n’est pas un joueur puissant.

Son jeu repose sur la régularité du scoring.

Sa saison 2026 est une réussite. Elle était déjà prometteuse : trois deuxièmes places, dont un playoff perdu au Memorial. Mais avec une 3e place en solitiare à East Lake et 2 millions de dollars, Ryan Gerard peut être particulièrement fier de lui.

La bande de Raleigh

Ryan Gerard lors de sa première victoire sur le PGA Tour au Barracuda Championship (source : Imagn Images)

Ryan Gerard fait partie d’une bande de gars qui l’ont sans doute aidé à arriver là où il en est aujourd’hui.

Cette bande de juniors s’entraînait au Wildwood Green Golf Club, un parcours privé de Raleigh. Ryan Gerard explique que le club n’était pas un endroit huppé, mais que ses propriétaires ont fait du golf junior une priorité. En effet, il n’y a pas de parcours municipal à Raleigh, alors Wildwood a assumé le rôle de terrain accessible, avec des créneaux horaires réservés aux jeunes pour jouer avec de bons joueurs. Ce tracé comporte beaucoup de lies en dévers, ce qui vous oblige à décider en permanence. Ça aide à la formation des joueurs. Les membres de cette bande :

  • Doc Redman – né en 1997 à Raleigh, le plus titré du lot chez les amateurs : vainqueur de l’US Amateur en 2017 alors qu’il était sophomore à Clemson, vainqueur de la Walker Cup dans la foulée, passé pro en 2018. La carrière professionnelle est plus difficile que prévu : meilleur classement 76e mondial en 2020, deux victoires sur le Korn Ferry, où il joue toujours,
  • Carter Jenkins, également originaire de Raleigh, est joueur du Korn Ferry Tour,
  • Grayson Murray, né en 1993, le grand frère symbolique de cette génération. Trois Callaway Junior Championships d’affilée, numéro un national de sa classe d’âge, deuxième plus jeune joueur à passer le cut sur le Korn Ferry Tour à 16 ans. Deux victoires sur le PGA Tour (Barbasol 2017, Sony Open 2024). Jenkins a dit à son sujet qu’il était la référence pour tous les gamins de son âge à Raleigh qui espéraient vivre du golf. Alors qu’il combattait une dépression importante, qu’il avait évoquée publiquement, il a mis fin à ses jours, le 25 mai 2024, à 30 ans, le lendemain de son abandon au Charles Schwab Challenge.

En 2009, Robert Gerard (le père) et Eric Murray (l’autre père) ont fondé ensemble la Tarheel Golf Foundation, qui gère un circuit junior régional et comptait plus de 1 000 membres dès sa deuxième saison.

En fait, Raleigh est une pépinière de talents du golf US : Webb Simpson, Chesson Hadley et Scott Hoch. On peut donc se demander s’il y a un pro providentiel ou d’autres facteurs. Il semble qu’il y ait un début d’explication si l’on reprend les déclarations de Ryan Gerard :

  • Le climat et le gazon : on peut jouer quasiment toute l’année sur le bermuda dormant l’hiver – c’est, selon Ryan Gerard, la surface la plus difficile au monde pour le petit jeu. Donc, gamin, si tu apprends à chipper là-dessus, tu es armé partout ailleurs
  • Le club de Wildwood Green, propriété de la famille Watson, a fait du golf junior une priorité.
  • Une densité de compétitions rare, un junior de Raleigh peut jouer presque chaque week-end sans quitter l’État
  • Les universités UNC, NC State, Duke et Wake Forest, à très courte distance, avec leurs parcours accueillant les épreuves juniors. Les gamins jouent devant leurs coachs avant même d’être recrutables
  • L’accessibilité, First Tee Triangle, Youth on Course à 5 dollars le parcours… Le golf n’est pas un sport de club fermé
  • L’effet d’entraînement, enfin, que Gérard cite explicitement : quand plusieurs gars de la même zone réussissent, le niveau de référence local s’élève.

CONCLUSION

Alors, un pro providentiel ? Non. Ce qui frappe, quand on remonte le fil, c’est que rien de ce qui a formé Ryan Gerard n’est prestigieux. Wildwood Green n’est pas un club huppé, c’est un parcours qui a décidé d’ouvrir ses créneaux aux gamins. Les compétitions juniors qu’il enchaînait tous les week-ends étaient régionales et bon marché. Youth on Course, c’est 5 dollars le parcours. Et la fondation qui structure tout ça a été créée par deux pères de famille, Robert Gerard et Eric Murray, parce qu’il n’y avait rien pour leurs fils.

C’est là que se joue la vraie leçon de Raleigh. On y produit des champions non pas malgré l’absence d’infrastructure d’élite, mais parce que le golf y est resté un sport qu’un enfant peut pratiquer tous les jours sans que ses parents se ruinent. Le reste — le climat, le bermuda dormant qui forge le petit jeu, les quatre universités à moins d’une heure — n’aurait servi à rien sans ça.

Le tout dans ce que les Américains appellent le Research Triangle, la zone dessinée par NC State à Raleigh, Duke à Durham et UNC à Chapel Hill : 2,5 millions d’habitants, et une densité de joueurs de haut niveau qui devrait nous faire réfléchir de ce côté-ci de l’Atlantique.

THE GOLFIEST

Fairways jaunes, greens verts : enquête sur l’eau du golf

Golf de Limère (août 2026), seuls les greens sont verts

Au golf de Limère, en août 2026, seuls les greens sont verts. Le reste du parcours est brûlé. Ce n’est pas de la négligence : c’est la règle.

Les canicules se succèdent dans toute l’Europe, et la France encaisse une nouvelle fois des incendies à répétition et une sécheresse prolongée. La gestion de l’eau, si nécessaire à la survie de nos sols, redevient une priorité. Les golfeurs, à l’image des citoyens français, s’interrogent sur la pratique de leur sport dans ces conditions, au-delà de la difficulté de jouer à ces températures ; ils voient bien les changements dans l’entretien de leurs parcours préférés, notamment en matière d’arrosage.

Ces périodes nous préparent à ce que sera sans doute la pratique de notre sport dans les prochaines années. Elle suscite, dans ces conditions, des polémiques, notamment quant à l’usage de l’eau, qui sert à entretenir nos parcours. Ces questions légitimes reviennent à chaque sécheresse. Golfeur passionné, j’ai voulu en savoir un peu plus sur son utilisation. J’ai donc d’abord regardé ce qui se faisait dans notre pays, puis dans deux autres pays particulièrement golfiques, à savoir l’Angleterre et les États-Unis.

La France est sur la bonne voie

Le Golf « La Crinière » (août 2026).

Lors de la dernière canicule (2022), la polémique a été brève mais intense quant à l’utilisation de cette ressource de plus en plus rare, l’eau. Les golfeurs, les nantis, allaient en plus « confisquer » l’eau des Français pour l’entretien de leur parcours. Bref, beaucoup de clichés, sans vrai débat ni même de véritables chiffres.

Ce qui avait fait sortir la fédération ainsi que son président (P.Grizot) pour rétablir certaines vérités :

  • La consommation moyenne annuelle d’eau d’un golf est de 25 000 m³ par tranche de 9 trous.
  • En cas de sécheresse, seuls les greens (essentiels à la survie du parcours) sont arrosés. Ils ne représentent qu’1 à 2% de la surface totale du golf. 

La fédération a fait valoir que la filière est soumise aux mêmes contraintes que les autres lors des épisodes de sécheresse.

Le golf traîne une réputation de sport de nantis, à laquelle s’ajoute une dimension écologique. Je pense qu’il est important de mettre en regard la consommation d’eau dans d’autres sports :

  • Le foot contre le golf à l’échelle nationale
    • Un rapport du Sénat estimait en 2003 la consommation annuelle des golfs français à 36 millions de m³ ; une étude FFGolf de 2013 tablait plutôt sur 29 millions de m³, soit la consommation annuelle d’une ville comme Lyon. Face à ~100 millions de m³ pour le football amateur français.  
  • Le Ski
    • ~28 millions de m³/an pour les enneigeurs français, soit la consommation en eau potable d’un demi-million de Français, avec un taux de perte par sublimation estimé à 30 %
    • FNE estime la production dans les Alpes françaises entre 20 et 25 millions de m³/an
    • C’est l’ordre de grandeur du golf français entier, mais concentré sur trois mois d’hiver et sur des bassins de montagne à l’étiage

En volume absolu, le golf français pèse environ trois fois moins que le football amateur. Mais la comparaison mérite d’être poussée, car l’objection la plus courante porte sur le nombre de pratiquants — et elle est légitime.

La FFGolf recense 446 547 licenciés en 2025, répartis dans les 687 clubs affiliés. La FFF en revendique environ 2,2 millions. Rapporté aux licenciés, cela donne 65 m³ par an pour le golf, contre 45 m³ pour le football.

Le golf consomme donc environ 40 % de plus par pratiquant. L’écart est réel et il serait malhonnête de le taire. Mais il n’a rien à voir avec le procès qu’on fait au golf : 40%, pas un facteur dix.

Cependant, deux réserves: ces ratios comptent des licences, pas des heures de jeu, et le chiffre du football est une estimation fédérale, pas une mesure.  

Les initiatives lancées par la Fédération française de golf

Les premiers accords (chartes) sur la gestion de l’eau datent de 2006 et ont ensuite été révisés en 2010.  Ces chartes dictent des conduites aux golfs, avec des paliers qui augmentent en fonction des alertes émises par les préfectures. En effet, les golfs doivent limiter les quantités d’eau appliquées aux gazons au fur et à mesure que les restrictions s’intensifient.

Ce qui signifie, par exemple, qu’en cas d’alerte renforcée, les golfs n’ont  pas le droit d’arroser les fairways. La seule dérogation possible, c’est quand on peut faire valoir que l’eau qu’on pompe provient d’un bassin creusé spécifiquement à cet usage-là, et qui se remplit uniquement par le ruissellement des eaux de pluie. On n’a pas le droit de prélever dans le milieu naturel, qu’il s’agisse de fossés, d’étangs ou de forages. Il est important de rappeler que ces restrictions d’eau sont édictées par la préfecture elle-même. 

Ensuite, il faut comprendre que les golfs auront toujours le droit d’arroser les greens, car si ce n’était pas le cas, l’activité disparaîtrait. 

Enfin, l’impact de la sécheresse sur un parcours de golf est d’abord esthétique. En effet, les départs et les fairways sont complètement brûlés et jaunis. 

Quelles sont alors les solutions à la disposition des Green Keepers ?

 Elles sont principalement les suivantes :

  • La mise en place, sur les parcours, de nouvelles graminées plus résistantes au manque d’eau. Une solution à long terme, puisque ce type de chantier est particulièrement long (environ 30 ans pour que ça s’applique à tous les golfs)
  • Amélioration de la gestion de l’eau par la mise en place de réservoirs de collecte d’eau de pluie en surface et le remplacement des systèmes d’irrigation des golfs, particulièrement anciens (30 ans). Ce qui permet d’économiser 30 à 40% d’eau. Ces investissements sont conséquents pour les golfs, mais subventionnés en partie par l’agence de l’eau.

Plus récemment, la Fédération française de golf a renouvelé des initiatives avec l’agence de l’eau, au moyen de contrats visant à réduire l’empreinte en eau et les pollutions, et à renforcer la biodiversité locale. Le meilleur exemple est ce nouveau contrat signé par l’agence de l’eau Seine-Normandie. Cela concerne 167 golfs du bassin de la Seine-Normandie. Ce contrat constitue un engagement très clair des golfs pour améliorer leur gestion de l’eau, avec les conseils de l’agence, afin d’atteindre une réduction de 400 000 m³ d’eau prélevée par les golfs concernés.

L’un des premiers corollaires de cet accord est le projet lancé par le Golf du Havre, qui consiste en la modernisation de son système d’arrosage. Notamment en termes de pilotage précis de l’arrosage et de capacités de stockage de l’eau. Au total, le projet représente un investissement de plus de 1,1 million d’euros, dont environ 481 000 euros de subventions accordées par l’AESN.

« C’est un projet ambitieux que nous n’aurions pas pu mener seuls. L’agence de l’eau Seine-Normandie nous a accompagnés financièrement, mais aussi techniquement, en supervisant le projet afin d’éviter les erreurs. Notre objectif est d’être le plus autonome possible et de n’utiliser que l’eau que le ciel nous envoie »

Pascal Surreaux, vice-président du Club

Par conséquent, la prise de conscience en faveur d’une gestion plus écologique des golfs s’est faite à partir des années 2000. C’est avec les institutions régionales et nationales que les golfs, dans le cadre de contrats cadres, lancent progressivement mais sûrement des projets ambitieux de réduction de la consommation d’eau.

On peut aussi se demander si des initiatives comme la mise en place systématique de départ synthétique sur les parcours n’aideraient pas à réduire la consommation d’eau et à offrir un confort accru aux joueurs tout au long des saisons.

Quid des autres pays golfiques?

Golf en Angleterre lors de la canicule de 2022 (source bunkered.co.uk)

La France s’est donc lancée dans une meilleure gestion de l’eau pour l’entretien de ses golfs. Mais aussi, dans un entretien plus écologique des golfs, à travers de nombreuses initiatives. Mais qu’en est-il dans les autres pays ? L’ambition n’est pas de faire une revue mondiale des techniques utilisées, mais plutôt de se concentrer sur deux grands pays golfiques : l’Angleterre et les États-Unis.

L’Angleterre est à terre…

La situation des golfs en Angleterre en 2026 est très difficile sur le plan politique. Par ailleurs, contrairement à la France et aux États-Unis, il n’existe pas de chiffre national publié relatif à la consommation des golfs britanniques.

Comment est gérée l’eau des golfs sur le sol britannique ?

Plus de la moitié de l’Angleterre est en sécheresse à l’été 2026, avec des restrictions d’arrosage qui touchent des millions de foyers. À titre d’exemple, en 2025, le Yorkshire passe en sécheresse le 12 juin 2025 après le printemps le plus sec depuis 132 ans. Yorkshire Water (compagnie privée) impose le premier hosepipe ban  (nom légal : Temporary Use Ban, TUB) de l’année le 11 juillet, en vigueur jusqu’au 10 décembre. Stocks régionaux descendus à 30,6 %, avec 22 réservoirs sous les 20 %.

Deux éléments importants dans la gestion et les restrictions d’eau pour les golfs :

  1. L’outil légal TUB définit de façon très large (« garden ») ce qui peut être interdit : un parc, un jardin ouvert au public…une surface enherbée utilisée pour le sport ou les loisirs. Donc un golf peut être visé par l’interdiction.
  2. Les restrictions d’eau sont imposées par chaque compagnie des eaux et non par un jeu de règles national unique, si bien que le traitement des golfs n’est pas standardisé. Par conséquent, certains fournisseurs incluent explicitement les golfs, les terrains de sport et les équipements de loisirs dans leurs restrictions. D’autres autorisent un arrosage limité des greens ou du gazon sportif à des horaires déterminés, ou accordent certaines exemptions.

Ensuite, arrivent deux autres étages du dispositif de gestion de l’eau, toujours gérés par les différents fournisseurs d’eau :

  1. Le Non-Essantial Use Ban

C’est une étape plus sérieuse que les compagnies peuvent activer si la sécheresse persiste. Là où le TUB touche surtout les ménages, le NEUB vise spécifiquement les entreprises. Historiquement, les golfs y figurent : lors de la sécheresse de 2006, Southern Water indiquait que d’éventuelles restrictions supplémentaires pourraient toucher toutes les surfaces naturelles ou artificielles utilisées pour le sport et les loisirs, y compris les golfs.

  1. Les restrictions de licences d’abstraction

C’est un circuit entièrement séparé, géré par l’Environment Agency, qui concerne les clubs qui prélèvent leur propre eau. L’eau tirée des forages, lacs ou réservoirs d’un club n’est pas couverte par un TUB, mais ces clubs peuvent subir des contrôles séparés de l’Environment Agency : si le club détient une licence d’abstraction pour un forage, un lac ou une prise en rivière, des restrictions peuvent être imposées lorsque la rivière ou l’aquifère source passe sous un niveau défini. 

Un sujet qui fâche

Les exemptions dont bénéficient les golfs, les terrains de sport et les établissements scolaires font que les pelouses restent vertes pendant que les parcs publics jaunissent, alors que 40 % de la population anglaise est soumise aux restrictions. Il y a donc une tension d’image que la filière ne peut plus ignorer.

La fragilité structurelle des clubs britanniques

L’état de l’irrigation dans les golfs britanniques n’est pas bon. Un peu moins de 50 % des structures dépendent du réseau d’eau potable pour l’irrigation et 74 % des systèmes d’irrigation ont plus de 20 ans

De son côté, la fédération britannique de golf souligne que 65 % des clubs utilisent l’eau du réseau et pourraient subir des restrictions. Les licences d’abstraction sont réduites ou révoquées. Par ailleurs, les compagnies d’eau n’ont aucune obligation légale de fournir de l’eau à des fins d’irrigation. Enfin, même capter l’eau de pluie ou de crue n’est pas libre : elle relève de l’Environment Agency

L’urgence est double: parer au plus pressé, et repenser l’irrigation sur vingt ans. Le plan de la filière est le suivant (rapport gouvernemental Drought prospects for spring 2026) :

  • Promotion des Irrigation Efficiency Guides de la UK Golf Federation
  • Mise à jour des Water Resilience Plans pour identifier les déficits de stockage
  • Audits des systèmes d’irrigation (pertes par dérive, fuites)
  • Liaison avec l’Environment Agency sur les déclencheurs d’abstraction hivernale et permis de remplissage
  • Adoption élargie du Leisure Operator Water Charter
  • Définition des volumes d’irrigation essentiels pour maintenir des surfaces jouables et sûres
  • Soutien à la construction de réservoirs de 5 000 à 20 000 m³, compteurs intelligents, partage de télémétrie

Les gros chiffres des États-Unis

Un golf aux États-Unis (source golfbusinessnews.com)

Tout est plus grand aux États-Unis, donc les parcours de golf aussi, et, par conséquent, la quantité d’eau nécessaire. Un parcours américain consomme en moyenne 125 000 m³ par an, soit environ 2,5 fois la consommation d’un parcours français de 18 trous (50 000 m³ par an). L’écart climatique joue également un rôle important : par exemple, un parcours moyen dans la région de Phoenix consomme environ 622 000 m³.

Cependant, les dernières études de 2025 (fondées sur des données de 2024) montrent un effort constant de la filière pour réduire la quantité d’eau nécessaire. En effet, cette quantité a diminué de 3,2 % depuis 2020 et de 31 % depuis 2005. Les deux tiers de la baisse proviennent d’une application plus efficiente et d’une baisse constatée dans toutes les régions depuis 2005. 

Par ailleurs les sources d’eau sont très largement différentes de l’Europe:

  • Puits : 32 %
  • Lacs et étangs : 27 %
  • Eau recyclée : 19 %

Autrement dit : le golf américain a été largement débranché du réseau d’eau potable, et pas par vertu, mais par contrainte réglementaire accumulée sur vingt ans. Le Colorado en est l’illustration extrême : en 2018, sur la quantité totale d’eau utilisée par les golfs de l’État, 54,2 % provenait d’eau de surface, 27,3 % d’eaux usées recyclées, 14,2 % de forages, 2,8 % d’autres sources, et seulement 1,4 % de sources municipales (réseau d’eau potable).

C’est l’inverse exact de la situation britannique. 

De multiples initiatives ont été lancées à travers le pays. On peut par exemple citer l’exemple de Las Vegas:

  • La Southern Nevada Water Authority (SNWA) a réduit l’allocation d’eau pour les golfs depuis janvier 2024, soit -35 % — un niveau inférieur d’environ 1,5 acre-foot/acre aux besoins réels du bermudagrass local.
  • Les golfs fonctionnent avec des budgets d’eau attribués par la SNWA et paient des multiples punitifs du tarif normal en cas de dépassement.
  • En contrepartie, ils sont exemptés des restrictions horaires et de jours d’arrosage.
  • Environ 900 acres de gazon retirés des zones hors-jeu, soit l’équivalent de neuf parcours, pour une économie d’environ 22 milliards de gallons.
  • Depuis 2021, les nouveaux parcours du Clark County ne peuvent plus utiliser l’eau du Colorado (seulement des droits sur la nappe s’ils en détiennent).

Cependant, les aspects juridiques du monde anglo-saxon mettent en lumière un cas qui risque d’alimenter l’actualité au cours des prochains mois: le Colorado River.

Le Colorado River, le dossier à suivre

Le fleuve alimente 40 millions d’Américains et son partage repose sur des règles adoptées en 2007, qui expirent le 31 décembre 2026. Pendant quatre ans, les sept États riverains ont tenté de s’entendre sur la suite. Ils ont échoué. Le 31 juillet 2026, l’État fédéral a tranché seul : le Bureau of Reclamation a publié un cadre en vigueur jusqu’en 2036 qui, fait notable, ne fixe aucune règle stable. Il définit des fourchettes, révisées tous les deux ans, autorisant des coupes allant jusqu’à 3,7 milliards de m³ par an pour l’Arizona, la Californie et le Nevada.

Les golfs, eux, ne détiennent presque jamais de droits d’eau sur le fleuve : ils sont alimentés par un fournisseur municipal, un district d’irrigation ou une nappe. Les réductions leur parviennent donc en cascade, avec un décalage — mais elles leur parviennent, comme l’a déjà montré le Nevada. Et le message des agronomes américains est sans ambiguïté : les parcours qui attendent que le régulateur leur impose de réduire jouent un jeu dangereux.

CONCLUSION

La filière golfique, dans son ensemble, a pris conscience du changement à venir et de la nécessité d’être vigilant dans la gestion de cette ressource qui se raréfie : l’eau.

Les premières initiatives ont été prises dès les années 2000 ; il faut s’en féliciter. Cependant, il reste beaucoup à faire et il va sans doute falloir accélérer les démarches dans certains pays, voire dans certaines régions.

Les priorités semblent être, à moyen terme, l’amélioration ou la modernisation des circuits d’irrigation. À plus long terme, il faudra réfléchir, dans certaines régions, à un changement de graminée qui nécessite moins d’eau.

Mais, au-delà de ces mesures déjà programmées ou bientôt envisagées, l’état d’esprit des golfeurs va devoir évoluer. Par période, l’aspect esthétique des fairways va changer durablement ; ils seront jaunis ou brûlés, tout en étant durs comme du carrelage. La balle roulera donc plus longtemps et plus loin, et le jeu au sol redeviendra une option. Des approches roulées plutôt que levées. Un peu comme à la genèse du golf en Écosse, où l’arrosage automatique n’existait pas.

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