
Alors que le Tour Championship vient de se terminer, il convient de souligner la remarquable performance de Ryan Gerard. Il termine 3e en solitaire, avec un putt de par tendu sur le 18 qui vaut 2 millions de dollars. Scottie Scheffler gagne à -16, trois coups devant Hovland, et remporte sa deuxième FedEx Cup. Ryan Gerard avait pourtant partagé la tête pendant 36 trous avec Hovland, après deux 65 consécutifs. Il était encore 2e à -14 au départ du dernier tour.
Le capitaine américain de la prochaine Presidents Cup, Brandt Snedeker, doit annoncer demain les «picks ». Il a déjà ses six qualifiés d’office : Scheffler, Cameron Young, Wyndham Clark, Sam Burns, Russell Henley et Collin Morikawa. L’épreuve se déroule au Medinah Country Club du 24 au 27 septembre. Ryan Gerard sort d’une magnifique performance (3e solo du Tour Championship). Il y a de fortes chances qu’il soit choisi à la suite de cette performance, tout comme un certain Ben Griffin de Chapel Hill.
Ryan Gerard est particulièrement discret, mais combien efficace dans le secteur du petit jeu et rapide quand il s’agit de jouer. Bref, un plaisir de le voir jouer et de le découvrir lors de ce Tour Championship. Alors qui est-il ? D’où vient-il ?
Un enfance golfique

Il est né le 2 août 1999 à Raleigh, en Caroline du Nord, et il a bien évidemment grandi littéralement dans le golf. Sa famille s’est d’ailleurs installée près du 15e trou du Wildwood Green Golf Club alors qu’il n’avait pas 5 ans. Son père, Robert, très bon golfeur amateur qui a tenté sa chance sur les mini-tours, lui a mis un club en main dès l’âge de deux ans. Assez logiquement, et grâce à son talent, il sera par la suite sélectionné quatre fois dans l’équipe type de l’État de Caroline du Nord.
Ce qui a sans doute formé son très bon petit jeu sont les concours de chip qu’il organisait, avec ses copains, à partir des pires lies possibles – un groupe qui comprenait Doc Redman, Carter Jenkins et le regretté Grayson Murray.
Sa formation
Il jouera cinq saisons à l’université de North Carolina (2017-22).
Il ne va pas particulièrement briller par ses victoires, mais par sa régularité au fil de ses saisons universitaires. En effet, il ne remportera qu’une seule victoire universitaire, à savoir celle du Rod Myers Invitational 2021.
Cependant, et c’est un détail qui a son importance, il a été d’une régularité redoutable. À la fin de sa formation universitaire, il détenait la meilleure moyenne de carrière (71,65) de l’histoire du programme de North Carolina. Un record qu’il a pris à un certain Ben Griffin.
Son accession au PGA Tour
Il est long et sinueux, par exemple beaucoup moins direct que celui d’un certain Chris Gotterup.
Il va commencer par le PGA Tour Canada, où il gagnera dès sa quatrième sortie, l’Open du Québec (2022). Il passera ensuite par le Korn Ferry en 2023, mais sans victoire. Puis, en 2024, le déclic : il remporte le BMW Charity Pro-Am (sur le Korn Ferry Tour) avec 9 coups d’avance. La carte du PGA Tour pour 2025 est acquise.
Ensuite, on plonge dans les paris du joueur lui-même ; sa première victoire sur le Tour tient à un pari.
Deuxième réserviste pour l’Open Championship en juillet 2025, il décide de filer à Tahoe pour disputer le Barracuda Championship, qui se tient en parallèle de ce majeur sur le sol européen. Pari réussi, il le gagne. Ensuite, n’étant pas qualifié pour le Masters 2026, il traverse les océans jusqu’à l’île Maurice, en fin d’année, pour disputer l’AfrAsia Bank Mauritius Open. Il perd en play-off, mais, comme il rentre dans le top 50 (46e) mondial à la clôture de l’année civile, il reçoit une invitation au Masters d’Augusta 2026.
Son style de jeu en quelques mots
Malgré son gabarit de 1,88 m pour 79 kg, ce n’est pas un joueur puissant.
Son jeu repose sur la régularité du scoring.
Sa saison 2026 est une réussite. Elle était déjà prometteuse : trois deuxièmes places, dont un playoff perdu au Memorial. Mais avec une 3e place en solitiare à East Lake et 2 millions de dollars, Ryan Gerard peut être particulièrement fier de lui.
La bande de Raleigh

Ryan Gerard fait partie d’une bande de gars qui l’ont sans doute aidé à arriver là où il en est aujourd’hui.
Cette bande de juniors s’entraînait au Wildwood Green Golf Club, un parcours privé de Raleigh. Ryan Gerard explique que le club n’était pas un endroit huppé, mais que ses propriétaires ont fait du golf junior une priorité. En effet, il n’y a pas de parcours municipal à Raleigh, alors Wildwood a assumé le rôle de terrain accessible, avec des créneaux horaires réservés aux jeunes pour jouer avec de bons joueurs. Ce tracé comporte beaucoup de lies en dévers, ce qui vous oblige à décider en permanence. Ça aide à la formation des joueurs. Les membres de cette bande :
- Doc Redman – né en 1997 à Raleigh, le plus titré du lot chez les amateurs : vainqueur de l’US Amateur en 2017 alors qu’il était sophomore à Clemson, vainqueur de la Walker Cup dans la foulée, passé pro en 2018. La carrière professionnelle est plus difficile que prévu : meilleur classement 76e mondial en 2020, deux victoires sur le Korn Ferry, où il joue toujours,
- Carter Jenkins, également originaire de Raleigh, est joueur du Korn Ferry Tour,
- Grayson Murray, né en 1993, le grand frère symbolique de cette génération. Trois Callaway Junior Championships d’affilée, numéro un national de sa classe d’âge, deuxième plus jeune joueur à passer le cut sur le Korn Ferry Tour à 16 ans. Deux victoires sur le PGA Tour (Barbasol 2017, Sony Open 2024). Jenkins a dit à son sujet qu’il était la référence pour tous les gamins de son âge à Raleigh qui espéraient vivre du golf. Alors qu’il combattait une dépression importante, qu’il avait évoquée publiquement, il a mis fin à ses jours, le 25 mai 2024, à 30 ans, le lendemain de son abandon au Charles Schwab Challenge.
En 2009, Robert Gerard (le père) et Eric Murray (l’autre père) ont fondé ensemble la Tarheel Golf Foundation, qui gère un circuit junior régional et comptait plus de 1 000 membres dès sa deuxième saison.
En fait, Raleigh est une pépinière de talents du golf US : Webb Simpson, Chesson Hadley et Scott Hoch. On peut donc se demander s’il y a un pro providentiel ou d’autres facteurs. Il semble qu’il y ait un début d’explication si l’on reprend les déclarations de Ryan Gerard :
- Le climat et le gazon : on peut jouer quasiment toute l’année sur le bermuda dormant l’hiver – c’est, selon Ryan Gerard, la surface la plus difficile au monde pour le petit jeu. Donc, gamin, si tu apprends à chipper là-dessus, tu es armé partout ailleurs
- Le club de Wildwood Green, propriété de la famille Watson, a fait du golf junior une priorité.
- Une densité de compétitions rare, un junior de Raleigh peut jouer presque chaque week-end sans quitter l’État
- Les universités UNC, NC State, Duke et Wake Forest, à très courte distance, avec leurs parcours accueillant les épreuves juniors. Les gamins jouent devant leurs coachs avant même d’être recrutables
- L’accessibilité, First Tee Triangle, Youth on Course à 5 dollars le parcours… Le golf n’est pas un sport de club fermé
- L’effet d’entraînement, enfin, que Gérard cite explicitement : quand plusieurs gars de la même zone réussissent, le niveau de référence local s’élève.
CONCLUSION
Alors, un pro providentiel ? Non. Ce qui frappe, quand on remonte le fil, c’est que rien de ce qui a formé Ryan Gerard n’est prestigieux. Wildwood Green n’est pas un club huppé, c’est un parcours qui a décidé d’ouvrir ses créneaux aux gamins. Les compétitions juniors qu’il enchaînait tous les week-ends étaient régionales et bon marché. Youth on Course, c’est 5 dollars le parcours. Et la fondation qui structure tout ça a été créée par deux pères de famille, Robert Gerard et Eric Murray, parce qu’il n’y avait rien pour leurs fils.
C’est là que se joue la vraie leçon de Raleigh. On y produit des champions non pas malgré l’absence d’infrastructure d’élite, mais parce que le golf y est resté un sport qu’un enfant peut pratiquer tous les jours sans que ses parents se ruinent. Le reste — le climat, le bermuda dormant qui forge le petit jeu, les quatre universités à moins d’une heure — n’aurait servi à rien sans ça.
Le tout dans ce que les Américains appellent le Research Triangle, la zone dessinée par NC State à Raleigh, Duke à Durham et UNC à Chapel Hill : 2,5 millions d’habitants, et une densité de joueurs de haut niveau qui devrait nous faire réfléchir de ce côté-ci de l’Atlantique.