Au nom de Papwa Sewgolum !!!

Au nom de Papwa Sewgolum !!!

Le petit génie sud-africain avec le trophée du Catalunya Championship (photo DP World Tour)

Il y a quelques semaines, un jeune joueur sud-africain a produit un golf d’une qualité exceptionnelle et a remporté le Catalunya Championship avec 14 coups d’avance. Je veux bien sûr parler de Yurav Premlall. Je sais que tu as déjà oublié les tours de folie de ce jeune joueur sud-africain, notamment à cause de la dernière victoire d’Aron Rai au PGA Championship. Mais revenons à Yurav Premlal. En voyant sa performance extraordinaire, j’ai voulu en savoir davantage sur ce joueur. J’ai aussi trouvé un parallèle historique particulièrement intéressant. C’est ce que je vais partager avec vous aujourd’hui.

Qui est Yurav Premlall ?

Le jeune Yurav Premlall (15 ans)

Avant de passer de 598ième joueur mondial à une première victoire sur le DP World Tour, Yurav Premlall a fait quelques étincelles dans le monde amateur Sud-Africain, déjà particulièrement relevé.

C’est un golfeur sud-africain de 22 ans, né à Durban le 17 juin 2003. Son parcours est celui d’un véritable prodige. A 15 ans, il est devenu en 2018 le plus jeune amateur jamais qualifié pour le SA Open, et le plus jeune à passer le cut sur 36 trous. Toujours adolescent, il a remporté un tournoi du Big Easy Tour, puis le Freddie Tait Cup en 2021 (meilleur amateur au SA Open). Il a bien évidemment représenté l’équipe internationale à la Junior President Cup en 2022 et a accédé au statut de meilleur amateur sud-africain la même année.

Sa première victoire professionnelle, sur le Sunshine Tour, est survenue en 2024 lors du Vodacom Origins of Golf. C’est là que Gary Player lui a personnellement adressé une invitation pour son tournoi, le Nedbank Golf Challenge, en décembre 2025.

Sa famille et son parcours ?

Glenddower Golf Club

Yurav est originaire de la communauté indienne sud-africaine de Durban. Son père Raakesh Premlal, originaire de la banlieue de Durban, est golfeur lui-même et l’a initié dès l’âge de 2 ans avec un set en plastique. Lors d’un déménagement, alors qu’il avait 5 ans, Yurav a mal vécu la séparation de sa famille élargie. C’est alors que les visites quasi quotidiennes au practice avec son père sont devenues son mécanisme d’adaptation.

Il poursuit son apprentissage au Glendower Golf Club, l’un des 10 meilleurs parcours de golf d’Afrique du Sud. Plusieurs éditions du SA Open ont eu lieu sur ce parcours. Le parcours était à 5 min de chez lui. Il a donc disputé son tournoi national sur son propre parcours.

Ce parcours est un link mais pas vraiment balayé systématiquement par les vents. Une véritable école du jeu de précision, avec un aspect stratégique important. Précisément, le genre de parcours qui forge un joueur DP World Tour, ou l’on retrouve ce profil de parcours en Europe continentale.

Mais ce qui l’a vraiment propulsé, c’est d’avoir rejoint l’académie de Balderstone Sport Institute (BSI), une usine à professionnels.

En janvier 2024, Balderston ouvre The Golf School of Excellence (TGSE) à Verwey’s Driving Range avec 6 étudiants ; c’est la première formation de niveau élite en golf en Afrique du Sud. Quatre ans plus tard (2008), il ajoute une composante éducative afin de donner aux jeunes une alternative au seul rêve de devenir professionnel. C’est ce modèle qui a donné naissance au Barderston Sport Institute (BSI), étendu à d’autres sports.

Le campus actuel est situé à Bedfordview à 5 minutes du domicile de Yurav. Plus de 140 étudiants-athlètes sur 2 campus et 2 internats, dont 25 % sont internationaux. Aujourd’hui, il comprend le golf, le football, le tennis, le rugby et le basket.

Yarav Premlall a fréquenté ce lycée. Dans lequel tu suis une scolarité en ligne. C’est ce qui a permis à ce jeune talent de 14-15 ans de partir en tournée internationale pendant 2 mois tout en restant scolarisé.

Un parcours post-bac existe bien sûr. Un programme de 3 ans au cours duquel plusieurs professionnels du Sunshine Tour ont été diplômés.

Bref, le petit génie bénéficie d’une préparation adéquate pour développer son talent. Il a en fait bénéficié de la fameuse filière golfique de son pays.

La filière sud-africaine

C’est un véritable écosystème remarquablement structuré pour un pays de 60 millions d’habitants, principalement articulé autour de la puissante GolfRSA (organisme unifié SAGA + Womens Golf SA) et de plusieurs fondations privées comme :

  • • Ernie Els & Fancourt Foundation (depuis 1999) — a notamment formé Louis Oosthuizen
    • Louis 57 Junior Golf Academy (depuis 2009) — Louis Oosthuizen rendant l’ascenseur à la génération suivante (a formé Martin Vorster, vainqueur du Junior Open)
    • South African Golf Development Board (SAGDB) — créé en 1999 pour les communautés défavorisées, primé par les PGAs of Europe en 2018
    • Ernie Els Primary Schools Championship depuis 2010
    • GolfRSA National Squad — système de détection-élite (Premlall y est entré à 14 ans)
    • Nedbank Junior Challenge au Gary Player Country Club (que Premlall a gagné en 2021)

Cette filière est financée principalement par les revenus du R&A (issus de l’Open Championship) réservés aux fondations des anciens champions du golf locaux. Résultat : un pipeline qui a produit Player, Els, Oosthuizen, Schwartzel, Lawrence, Aldrich Potgieter, et maintenant Premlall.

La comparaison avec notre pays est douloureuse

La France (446 547) a près de 3 fois plus de licenciés que l’Afrique du Sud (140 000), mais l’Afrique du Sud produit infiniment plus de joueurs de classe mondiale. En fait, sans doute contrairement à la France, la filière sud-africaine est ultra-élitiste et concentrée avec des académies privées très puissantes, là où la France a un modèle plus large mais moins performant au sommet.

Quel rapport avec Papwa Sewgolum (1928 – 1978) ?

Papwa Sewgolum avec son grip inversé.

Comme Yurav Premlall, Papwa était d’origine indienne. Né en 1930, il a grandi dans un environnement très pauvre ; il n’a jamais été scolarisé, il est resté analphabète toute sa vie. Petit, il imitait les golfeurs qu’il voyait sur un parcours voisin en frappant des balles avec un bâton. Il a eu accès au golf en devenant caddie, où l’on lui permettait de jouer de temps en temps.

Il était complètement autodidacte, il jouait avec un grip inversé. C’est ce qui a le plus frappé les professionnels de l’époque qui jouaient avec lui. Gary Player a dit après sa défaite face à Papwa en 1965 :

 He chipped like a man from Mars

Gary Player – 1965

Il est, pendant ses débuts professionnels, soutenu financièrement par Graham Wulff (entrepreneur fondateur de la crème de beauté « Oil of Olaz ») qui avait été impressionné par Papwa lorsque celui-ci le cadaiyait. Ainsi, Wulff a organisé sa qualification pour le British Open de 1959 et son entrée au Dutch Open la même année. Papwa a gagné le Dutch Open dès sa première participation (1959), puis l’a défendu en 1960. Il l’a remporté 3 fois (1959, 1960, 1964) au même nombre que Seve Ballesteros et Bernard Langer.

En 1963, Papwa bat 103 golfeurs blancs au Natal Open, devenant le premier non-blanc à remporter une épreuve sur le circuit sud-africain. La même année au British Open, il finit 13ième en solo (71-74-73-72) – Gary Player étant le seul Sud-Africain à faire mieux.

Papwa Sewgolum lors de sa victoire en 1963

Il regagnera le Natal Open en 1965.

Le scandale est qu’avec la pluie la cérémonie devait logiquement se tenir au clubhouse, mais comme « non-blanc », Papwa n’avait pas le droit au sanctuaire blanc – le trophée lui fut donc remis dehors sous une pluie battante. Les photos ont fait scandale à l’international et ont nourri le mouvement de boycott sportif contre l’Afrique du Sud.

Malheureusement, Papwa fut bientôt banni du Natal Open et son passeport révoqué. Dans les années qui suivirent, on lui refusa carrément le droit de jouer au golf. Il est mort dans la misère en 1978 à 49 ans.

Il a reçu a titre posthume la Silver Medal de l’Order of Ikhamanga du président Mbeki en 2003. Le Papwa Sewgolum Municipal Golf Course de Durban, dans le quatier de Reservoir Hills porte son nom.

Conclusion

Yurav Premlall, qui débute à 22 ans sa carrière internationale dans des conditions où il peut entrer dans tous les clubhouses du monde, est l’aboutissement de ce que Papwa Sewgolum n’a jamais pu vivre.

THE GOLFIEST

Le retour de Bernie !!!

Bernd Wiesberger avec sa jolie veste et son trophée au Volvo China Open

Il y a des dimanches où, campé devant ton écran, tu suis le dernier tour de l’Open de Chine « Volvo China Open » (parcours de Shanghai Enhance Anting Golf Club), qui te fait revivre de belles périodes du circuit européen. Avec ces batailles d’ego entre deux tours rivaux (LIV vs PGA Tour), on avait suivi, avec plus ou moins d’intérêt, les différents transferts ou les retours médiatisés. Mais j’avais perdu de vue qu’il y avait des seconds couteaux qui étaient aussi de la partie. Comme ce bon vieux Bernd Wiesberger… Je l’avais oublié depuis son départ sur le LIV en 2022, et le revoilà à batailler sur le dernier tour d’un tournoi du DP World Tour. Que s’est-il donc passé pour Bernie ?

Comment Bernie n’est-il pas devenu un skieur autrichien ?

Si, comme moi, la première réflexion au sujet de Bern Wiesberger, c’est de se dire : « En Autriche, c’est plutôt le ski ? Non ? ».

C’est que tu n’as rien compris !

C’est vrai, le ski domine en Autriche, mais c’est une scène de golf solide, notamment dans le Burgerland (la province de Wiesberger) et autour de Vienne. Ce n’est pas un sport de masse, mais les golfeurs autrichiens ont une tradition de bon niveau amateur depuis les années 80-90. En effet, Markus Brier (2 victoires sur l’European Tour) avait d’ailleurs ouvert la voie avant Wiesberger.

Donc, la question suivante est : comment Bernie en est-il arrivé là ?

Wiesberger est né à Vienne en 1985 et a de suite dominé le circuit amateur autrichien : triple champion national de stroke play (2004 – 2006), champion national de match play (2004), champion des moins de 21 ans (2004 et 2005). Enfin, il représente l’Autriche à l’Eisenhower Trophy en 2004 et 2006 (équivalent de la Ryder Cup pour les amateurs). Bref, quelques petits trophées dès son plus jeune âge, le Bernie !!

Ensuite, de façon assez classique : Challenge Tour en 2007 et 2008, puis la Qualifying School pour décrocher sa carte sur l’European Tour en 2009. Il ne conservera pas cette carte en tant que rookie. Retourne sur le Challenge Tour. Il remportera alors deux tournois et retrouvera l’European Tour en 2011.

La progression est ensuite régulière : première victoire sur l’European Tour en 2012 (Ballentine’s Championship en Corée), puis il devient le premier Autrichien à jouer l’US Open en 2014 grâce à son classement mondial.

Son passage sur le LIV Tour, on en parle ?

Bernie sur le LIV en Espagne

Bernie a signé avec le LIV Golf League en 2022, juste après avoir été le premier Autrichien à participer à la Ryder Cup avec l’équipe européenne en 2021. Son passage a duré deux saisons (2022-2023) au sein de l’équipe Gleeks GC capitanisée par Martin Kaymer. Le bilan a été décevant sur le plan sportif : un seul top 10 sur l’ensemble de ses deux saisons, et une 41e place finale au classement individuel 2023, ce qui ne lui a pas permis de voir son contrat renouvelé. Mais il faut noter quelques éléments notables sur cet épisode:

  • Contrairement à Westwood, Poulter, ou Stenson, il n’a jamais démissionné de sa carte du DP World Tour accumulant donc des amandes (environ 1,5 million d’euros)
  • LIV aurait payé une amende record de 1,9 M$ pour faciliter son retour sur le DP World Tour debut 2024
  • Son classement mondial à chuté de la 90ième place avant le LIV à au-delà de la 500ième à son retour, faute de point OWGR sur le circuit saoudien

Il a fait son retour au Dubai Desert Classic en janvier 2024.

Qu’est ce qui distingue vraiment Bernie ?

Un sacrée descente le Bernie !!!

Sa meilleure année est 2019 : il gagne trois fois (Made in Denmark, Scottish Open, Italian Open) et termine 3e de la Race to Dubai. À ce moment-là, il fait partie des 25 meilleurs au monde.

Par ailleurs, c’est un gars engagé dans le développement du golf dans son pays : il a mis son nom sur le circuit junior autrichien, l’Austrian Juniors Golf Tours « powered by Bernd Wiesberger ». Ce n’est pas anodin, c’est lui qui finance et porte le circuit.

De façon plus classique, c’est son père, Klaus Wiesberger, qui lui a appris à jouer au golf. Celui-ci n’était pas complètement étranger à l’univers du golf, puisqu’il tient le pro shop du Golf Club de Bad Tatsmandsdorf. Il est par ailleurs impliqué dans le club depuis sa fondation, il y a près de 30 ans….

Bref, c’est une histoire de famille, puisque son père est son manager et sa mère, Claudia, s’occupe de l’organisation des vols et des hôtels pour les tournées de son champion de fils. Parfois, son frère cadet, Niki, lui sert de caddie.

Les caractéristiques du jeu de Bernie?

C’est un gros frappeur de balles, le Bernie. En particulier avec les fers. En 2029, au sommet de sa carrière, son Strokes Gained : Tee to Green était parmi les meilleurs du circuit européen.

Ce qu’il n’a pas perdu, avec cette victoire à Shanghai, c’est qu’il a terminé 2e du champ pour les Strokes Gained : Tee to Green, ce qui confirme que cette qualité est intacte depuis 40 ans.

Il est aussi connu pour sa capacité à faire des séries de birdies – il a même réalisé 9 birdies consécutifs en un même tour lors du Maybank Championship en Malaisie, ce qui reste une performance rarissime sur le circuit.

Qu’est-ce qui a changé depuis 2019 ?

Trois éléments clés distinguent le Wiesberger de 2026 :

1) L’équipement – il a changé de Drive et de bois 3 dans son sac juste avant sa victoire à Shanghai et

2) Le petit jeu – il a terminé 1er du champ pour les Strokes Gained : Around the Green. Bref, en 2019, son long jeu était dominant et son petit jeu correct, mais à 40 ans, tu n’as plus le même physique, donc tu compenses par le petit jeu.

3) Le mental – il a démontré une patience et une résilience incroyables…

Par ailleurs, en 2025, il a abandonné son putter Scotty Cameron pour adopter un long putter L.A.A Golf Mezz XL, le même modèle que celui d’Adam Scott.

Quelle suite pour Bernie ?

Le PGA Championship – qualification automatique

Wiesberger s’est qualifié pour le PGA Championship via le classement de l’Asian Swing – il a terminé deuxième grâce à sa victoire en Chine. Le tournoi aura lieu du 14 au 17 mai à Aronimink Golf Club en Pennsylvanie. Il a déjà participé 9 fois au PGA Championship.

Le calendrier DP World Tour s’ouvre largement

Sa montée au 16e rang de la Race to Dubaï lui redonne accès aux grands événements qu’il était censé manquer en catégorie 11b – Scottish Open en juillet, BMW PGA Championship en septembre et, potentiellement, le DP World Tour Championship en novembre à Dubaï.

Et peut-être, qui sait, que la Ryder Cup de 2027 (à Adare Manor en Irlande) sera dans un coin de sa tête ?

THE GOLFIEST